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Et si on avait oublié l'éducateur spécialisé ?

Quand il n'y a plus de temps pour le rendez-vous chez le psychologue, l'orthophoniste, le psychomotricien ou le médecin... qui reste ?

La question peut sembler provocatrice. Elle ne l'est pas. C'est une réflexion qui s'est particulièrement renforcée lors du Congrès international de l'autisme à Nice. Pendant deux jours, j'ai écouté parler de l'autisme, des accompagnements et des outils. Les psychologues étaient là, les orthophonistes aussi, tout comme les parents et de nombreux professionnels.

Mais j'ai cherché l'éducateur spécialisé.

Celui qui intervient dans le quotidien. Celui qui observe l'enfant lorsqu'il ne sait pas encore mettre des mots sur ce qu'il ressent, qui accompagne une crise ou une transition difficile, et qui travaille sur l'autonomie, les interactions sociales et le vivre-ensemble.


Pourquoi l'éducateur spécialisé est-il si peu visible ?

Nous ne sommes pas en consultation. Nous sommes dans la vie.

Je tiens à le dire immédiatement : cet article ne remet absolument pas en question le travail indispensable des autres professionnels (psychologues, orthophonistes, psychomotriciens, médecins). Chacun possède son expertise, son regard et sa place.

Cependant, dans le parcours d'un enfant présentant un trouble du neurodéveloppement (TND) ou un TSA, beaucoup d'interventions se déroulent dans un temps défini : une consultation, une séance, un bilan d'une heure, parfois moins. Puis la famille rentre à la maison.

Et c'est là que la vie continue :

  • C'est là que l'enfant refuse de s'habiller.  

  • C'est là que la sortie devient impossible.  

  • C'est là que les repas sont compliqués.  

  • C'est là qu'une crise survient et que le quotidien devient épuisant.  

Et qui intervient dans cet espace-là ? L'éducateur spécialisé. Pas toujours, malheureusement. Et c'est bien là que se situe le problème.


L'observation du quotidien : une expertise unique

Après les parents, qui sont les premiers experts de leur enfant, l'éducateur spécialisé est un observateur privilégié du quotidien. Il ne rencontre pas uniquement l'enfant dans une situation construite autour d'un objectif thérapeutique, il le voit vivre : manger, attendre, refuser, se frustrer, interagir, échouer et recommencer.  

Un comportement n'apparaît jamais dans le vide. Il y a un avant, un après, et au milieu un enfant qui essaie de communiquer avec ses moyens. Formé à analyser l'environnement, l'éducateur spécialisé est là pour adapter, expérimenter, transmettre et surtout, faire avec.  


Être là quand ça déborde et accompagner dans la durée

Quand un parent appelle parce qu'il ne sait plus gérer une situation, il ne demande pas forcément un nouveau bilan théorique. Il demande : « Qu'est-ce que je peux faire maintenant ? »

L'accompagnement éducatif ne se construit pas en une seule séance. Il se tisse dans le temps, dans les essais, les erreurs, les ajustements et la répétition au cœur du foyer.  

La détresse parentale face au manque de moyens

Lors du Congrès de Nice, un échange m'a profondément heurtée. Une maman a exprimé beaucoup d'agressivité envers les éducateurs, perçus comme "absents" ou "inactifs". Au-delà de la critique, j'y ai entendu une immense détresse parentale. Celle d'une mère qui cherche, qui attend, et qui n'a trouvé personne pour l'aider quand elle en avait besoin.  

Le problème n'est pas la valeur du métier, mais son accessibilité, sa connaissance et sa reconnaissance.  


Un métier essentiel poussé à bout

Le manque de reconnaissance ne se mesure pas seulement au manque de visibilité, mais aussi aux conditions de travail :

  • Les contraintes budgétaires et le manque de personnel.  

  • Les listes d'attente interminables.  

  • Le manque de temps pour accompagner correctement les personnes.  

C'est une violence professionnelle majeure de se retrouver tiraillé entre ses valeurs humaines et la réalité du terrain. Beaucoup de professionnels s'épuisent ou partent, non par manque de vocation, mais parce qu'ils ne supportent plus de devoir choisir entre l'éthique de leur mission et les restrictions budgétaires.  


Redonner sa place à l'éducateur spécialisé

L'éducateur spécialisé n'a pas vocation à remplacer un psychologue ou un médecin. Son expertise réside dans l'éducation, l'accompagnement, l'autonomie et la capacité à transformer une recommandation théorique en une solution concrète dans la vraie vie.  

Entre deux consultations et deux bilans, la vie ne s'arrête jamais. C'est précisément là que nous devons être : auprès des enfants et des parents. Il est grand temps de rappeler que l'accompagnement du quotidien est une véritable expertise qui mérite d'être entendue et pleinement reconnue.  

 
 
 

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